Par Raphaël Duée, Atelier 7hz – Ingénierie en Acoustique et Vibrations – www.atelier7hz.com
2016-06-17

Comment un locataire ou l’acheteur d’un condo peut-il aujourd’hui s’informer sur l’environnement sonore de son futur logement ? Peu d’outils sont disponibles aujourd’hui pour l’aider à comparer le confort sonore dans l’environnement entre différentes habitations. Plusieurs organismes ont récemment alerté les autorités sur la nécessité de mettre en place des dispositifs d’information et de planification. Outre le calcul des cartes de bruit et la création d’un observatoire du bruit, nous proposons aussi le développement d’un outil plus subjectif : le « Score-Bruit ».

Carte-BruitLe développement urbain en croissance exponentielle est accompagné d’attentes accrues des citadins en termes de confort et de service. Le bruit est repéré comme une des premières sources de nuisance et la première en milieu urbain. Parallèlement, la raréfaction des terrains disponibles et la densification urbaine rend de plus en plus complexe l’intégration de projets immobiliers viables et durables. Ainsi, les équipes de projets font de plus en plus de compromis entre les différents facteurs influençant la qualité du projet. Parmi ceux-ci, le facteur bruit est souvent laissé pour compte. Si la municipalité ou la MRC où est implanté le projet n’oblige pas les promoteurs à réaliser une étude de bruit, des constructions ayant des usages sensibles, des résidences ou des écoles par exemple, peuvent se retrouver dans des secteurs très bruyants. Il est par la suite souvent difficile de dimensionner des solutions de mitigation efficaces lorsque le projet est construit. L’écart existant aujourd’hui entre les domaines de l’Architecture/Urbanisme et de l’Acoustique environnementale mériterait d’être réduit. Le développement d’outils est nécessaire afin de favoriser les interactions.

Les transports : la première source de bruit en ville

En milieu urbain, les transports sont les principales sources de bruit. Parmi ceux-ci, une source omniprésente est le transport routier. La logique voudrait donc que l’on traitement le bruit à la source et que l’on réduise le bruit des transports. Mais ce n’est pas si simple. Si le bruit des véhicules est réglementé lors de leur mise en circulation, la difficulté du suivi de l’entretien des véhicules et notamment des pots d’échappement pose un problème majeur. Ce sujet fera l’objet d’un article futur par Atelier 7hz – Acoustique et Vibrations.

Tissu urbain étalé : Importance de la planification

Un grand nombre de techniques et de solutions existent afin d’optimiser l’environnement sonore et prenant en compte les sources de bruit les plus nuisibles dès le début du projet. Dans les quartiers résidentiels étalés, l’inévitable barrière anti-bruit est une solution efficace mais découpant le paysage en deux zones distinctes et créant une cicatrice dans le tissu urbain. Mais il est aussi possible de réfléchir à l’implantation relative des bâtiments. Plusieurs études d’Atelier 7hz et d’autres organismes ont montré qu’une orientation adaptée des bâtiments les uns par rapport aux autres et un aménagement du territoire en fonction des usages (commercial, résidentiel, etc.) permet souvent de limiter la transmission du bruit dans les zones voulues comme calmes. Plusieurs exemples de développements urbains à grande échelle aux abords de Montréal existent : Le Triangle, Le site Namur-Jean Talon, le Site Outremont, Urbanova, le CUSM et ses abords, Griffintown, le secteur Champ-de-Mars, Pierrefonds-Ouest, etc. Certains s’inscrivent dans une réflexion globale, d’autres moins.

Tissu urbain très dense : Importance du type de façade

Dans les quartiers ou l’urbanisation est dense (centre-ville de Montréal par exemple), l’impact des façades des bâtiments sur le climat sonore est rarement considéré. Or, il a été prouvé par plusieurs études scientifiques que les façades plates et uniformes en verre (mur-rideau par exemple), de par leurs propriétés de réflexion et de concentration des ondes sonores, impliquent en général une augmentation du niveau sonore extérieur. Les façades aux contours plus complexes ou en matériaux plus absorbants permettent de limiter « l’effet canyon » en ville. Des différences de plus de 5 dBA ont été mesurées dans des contextes similaires avec des façades différentes.

L’exemple de la couverture de l’autoroute Ville-Marie à Montréal

Couvrir totalement les infrastructures de transport lorsque c’est possible est une solution idéale mais couteuse si l’on veut implanter des infrastructures au-dessus. Ce type de solution doit être envisagé sur de grandes distances, car il apparaît dans tous les cas une augmentation du bruit à l’entrée/sortie du tunnel. L’exemple de la couverture de l’autoroute Ville-Marie est représentatif à Montréal. La couverture de l’autoroute A720 n’aura un impact significatif sur le climat sonore que lorsque la totalité de l’espace entre les deux tunnels aura été couvert (entre les rues Sanguinet et St-Urbain). L’ambiance sonore du site sera alors radicalement modifiée et les habitants percevront une réelle augmentation de leur qualité de vie (phases ultérieures du projet).

Des outils pour valoriser l’environnement sonoreScore-Bruit

Le LEED aujourd’hui donne quelques prérequis concernant les performances acoustiques des constructions sensibles mais aucun critère n’est défini pour l’environnement sonore extérieur. À l’image du « Programme de soutien aux projets de développement urbain durable » d’Hydro-Québec, aidant financièrement les projets optimisant la consommation énergétique des bâtiments et privilégiant le chauffage communautaire, un « Programme de récompense des projets valorisant l’environnement sonore » pourrait être développé. Comme la note de « marchabilité » (Walk Score), une note représentant la qualité de l’environnement sonore d’un logement, le « score Bruit », pourrait être donnée à chaque projet prenant en compte différents paramètres comme le niveau de bruit la nuit, le jour, la qualité perceptive et le degré d’acceptabilité du bruit (transport, bruit de vie, bruit continu, impact, etc.), les niveaux vibratoires, etc. Cette notation permettrait aux futurs acheteurs ou locataires d’avoir un outil supplémentaire pour choisir leurs logements avec discernement. Elle permettrait aussi aux promoteurs de faire valoir les qualités de leurs projets vis-à-vis de l’environnement sonore.

De la création d’un observatoire du bruit au calcul des cartes de bruit

Plusieurs professionnels demandent la création d’une carte de bruit des grandes agglomérations Québécoises et en particulier de l’agglomération du Grand Montréal. Ce type de carte de bruit est en effet très utile pour réaliser une planification urbaine éclairée en prenant en compte le facteur bruit. Mais le calcul d’une carte de bruit seule n’a pas beaucoup d’intérêt, il ne faut pas oublier de prévoir les mécanismes de décision liés à ces cartes afin de les rendre utiles. Ces mécanismes doivent être pensés en même temps que la définition de la méthodologie de calcul des cartes, car les deux sont intimement liés. En ce sens, il apparaît que, comme le recommande Projet Montréal, la création d’un observatoire du bruit serait une bonne solution pour bien définir le cadre de ces mécanismes. Une bonne solution selon Atelier 7hz serait alors d’intégrer les mécanismes repérés dans les plans et schémas d’aménagement et de développement des MRC et des agglomérations. De bonnes avancées ont été faites récemment dans ce domaine à Montréal grâce au nouveau schéma d’aménagement et de développement (2015) et plus largement au Canada grâce aux lignes directrices applicables aux nouveaux aménagements à proximité des activités ferroviaires (2013).

Ainsi, des outils existent pour assister le citadin. Planification urbaine, planification des façades, cartes de bruit, « Score-Bruit », attendons de voir la réponse du Conseil Municipal du 20 juin prochain sur la demande de création d’un observatoire du bruit.

Références :
« The influence of urban form on facades noise levels », Marta F. Oliveira, Department of Civil Engineering, University of Minho, Portugal, 2011
« Sound reflections in an Urban Context. Influence of facades on urban noise levels », J. Niesten, Architecture and the Built Environment, 2016
“The influence of urban canyon design on noise reduction for people living next to roads », G.M. Echevarria Sanchez, Ghent University Belgium, 2015
« Projet Montréal réclame la création d’un observatoire du bruit », 13 juin 2016, http://projetmontreal.org/communiques/projet-montreal-reclame-la-creation-dun-observatoire-du-bruit/
Le Regroupement Québécois Contre le Bruit – (RQCB) – http://www.rqcb.ca/fr/reglements.php
Managing vehicle noise, Department of Environment and Conservation (NSW) of Australia
« Lignes Directrices applicables aux nouveaux aménagements à proximité des activités ferroviaires », FCM/ACFC, Mai 2013
« Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal », Ville de Montréal, (Janvier 2015